Le
Journal
De Biganos
21. août 2025 · Commentaires fermés sur Le Port des Tuiles : un voyage dans le temps · Catégories: Articles

Le Port des Tuiles : un voyage dans le temps

 

 

Imagine un lieu secret, niché au bord de la rivière Leyre. Ce n’est pas un port comme les autres, mais un véritable trésor qui a gardé en mémoire des histoires incroyables. Bienvenue au Port des Tuiles de Biganos, où l’argile et les huîtres racontent l’histoire d’un territoire entier !

                 

De l’argile… à la tuile !

Au XIXe siècle, les habitants de Biganos avaient le nez dans la terre… pour une bonne raison ! La Leyre regorgeait d’argile de super qualité, parfaite pour fabriquer des tuiles.

  • 1879 : la grande année

À cette époque, pas moins de 18 tuileries artisanales fonctionnaient à plein régime, transformant l’argile en précieux « or rouge ». Le secret de la tuile

Le processus était un vrai jeu d’enfant… mais qui demandait beaucoup de muscle ! L’argile était extraite, malaxée, moulée, séchée, puis cuite dans d’énormes fours.

 

 

Le résultat ? La fameuse tuile canal, très prisée pour les toits, mais aussi… pour une utilisation bien plus surprenante !

Le Port des Tuiles : le maillon manquant de la chaîne

C’est ici que le port entre en scène. Il servait de lieu de stockage pour toutes ces tuiles, qui attendaient d’être livrées aux ostréiculteurs. Chaque été, des centaines de milliers de tuiles formaient de véritables remparts ocres au bord de la rivière. Des chalands à fond plat venaient les charger pour les transporter vers les parcs à huîtres du Bassin d’Arcachon.

Un ancien ouvrier, Marius, se souvient avec le sourire : « Quand on était gosse, on aidait à la chaux. On gagnait 20 sous à la brouette. Le père râlait quand on laissait couler le badigeon ! »

Des tuiles… pour les huîtres !

Pourquoi les huîtres s’intéressaient-elles autant aux tuiles ? C’est là que réside le véritable génie local !
Pendant des décennies, les ostréiculteurs du Bassin d’Arcachon ont utilisé une méthode astucieuse : ils enduisaient les tuiles d’un mélange de chaux, de sable et d’huile. Cette surface rugueuse et blanche, disposée sur des racks, servait d’aimant pour le naissain, c’est-à-dire les larves d’huîtres ! Au printemps, ces dernières s’y accrochaient naturellement pour grandir.

Un port pas comme les autres

Avant d’être un centre industriel, le Port des Tuiles a eu plusieurs vies :

  • Un port de pèlerins : Bien avant les tuiles, le site accueillait les pèlerins en route pour Compostelle. Au VIIIe siècle, une communauté religieuse y avait même établi le Prieuré de Comprian, qui rayonnait sur tout le Pays de Buch.

  • Une ferme géante :
    L’été, le port se transformait en véritable passage pour les troupeaux de vaches qui traversaient la Leyre à marée basse. Une sorte de micro-économie circulaire avant l’heure !
    Des cabanes multicolores : Les cabanes ostréicoles, d’abord construites avec des matériaux de récupération, sont aujourd’hui devenues des symboles du patrimoine local. Peintes de couleurs vives, elles donnent un charme fou au port.

Un trésor bien vivant !

Aujourd’hui, si la production de tuiles a laissé place aux collecteurs en plastique, le Port des Tuiles, lui, est bien vivant ! Classé et protégé, il est devenu un témoin millénaire de la richesse de son territoire. Il nous rappelle que l’ingéniosité locale est partout, transformant de l’argile en richesse et de la chaux en savoir-faire.
Même si les chalands ne transportent plus de tuiles, le Port des Tuiles continue de transporter des histoires et des souvenirs.

 

Pierre Jean G.

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